LES MONNAIES LOCALES CONTRE L’EURO

Ces monnaies locales qui titillent l’euro sur leur territoire

Par Adeline Raynal  |  23/02/2013, 9:22  |  1036  mots
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Copyright Euskal Moneta (Crédits : Euskal Moneta)
L’Eusko au Pays Basque, le Sol Violette à Toulouse, la Mesure à Roman… les monnaies locales se multiplient dans le sud de la France depuis quelques années. La plupart du temps, l’objectif est de dynamiser le tissu économique local, mais elles peuvent également être pensées pour promouvoir la culture locale, comme le fait l’eusko pour la langue basque.

« Cela vous fera dix euskos s’il vous plaît ! » Voilà ce que commencent à prononcer depuis le 31 janvier certains petits commerçants basques, au moment de passer en caisse. L’eusko – prononcé « euchko » – est la nouvelle monnaie locale du Pays Basque. Non, les basques n’ont pas obtenu leur indépendance, il s’agit juste d’une monnaie complémentaire qui circule en parallèle de l’euro. L’objectif d’Euskal Moneta, l’association à l’origine de ce projet, réside en la relocalisation de l’économie et à une dynamisation des échanges commerciaux locaux. La monnaie se décline en billets de 1, 2, 5,10 et 20 euskos, et pour éviter les conversions alambiquées, un eusko vaut un euro. Les commerçants peuvent rendre la monnaie en euros.

L’eusko est valable uniquement entre adhérents de l’association et points de vente habilités. « Tous les commerces peuvent faire partie du réseau à l’exception des acteurs de la grande distribution et de l’agriculture industrielle hors-sol. Notre but est de soutenir les petits commerçants et les paysans locaux » explique Dante Edne-Sanjurjo, l’un des membres du comité de pilotage de l’association Euskal Moneta.

« Un super accueil du côté des entreprises »

L’association revendique déjà plus de 800 adhérents (les particuliers consommateurs) et 190 entreprises et artisans qui commercent en euskos. « Nous avons reçu un super accueil du coté des entreprises, nombreuses sont celle qui se portent candidates mais nous n’avons pas encore eu le temps de toutes les visiter pour l’agrément. Nous embauchons d’ailleurs une personne en Contrat d’Accompagnement dans l’Emploi (CAE) » confie Dante Edne-Sanjurjo.

Parmi les monnaies dites solidaires, l’eusko revêt une particularité : l’engagement des entreprises à soutenir la langue basque. En effet, chaque société qui prend part au système doit, outre cotiser à l’association à hauteur de 60 à 240 euros par an, s’engager à relever deux défis dans les deux ans à suivre : assurer un accueil écrit ou oral en langue basque, et privilégier la production, la vente ou l’achat de produits locaux. De leur coté, les consommateurs, qui adhérent pour 5 euros à l’Euskal Moneta, se voient encouragés à échanger des euros en euskos car pour chaque somme convertie, l’équivalent de 3% de celle-ci est reversée par Euskal Moneta à une association locale menant des actions dites « solidaires ».

Ancrage dans le réseau local

Parmi les monnaies complémentaires françaises, l’eusko est la dernière à avoir été mise en circulation. Mais de nombreuses autres initiatives de ce type ont germé à travers la France, et au delà, en Europe.

En France, l’une des plus importantes en termes de chiffre d’affaires circulant est le Sol Violette, lancé en mai 2011 à Toulouse par l’association du même nom, avec le soutien de la Mairie. « 50.000 Sol Violette circulent actuellement entre 1.000 consommateurs, qui peuvent s’approvisionner chez 120 prestataires » détaille Andrea Caro, la responsable de l’association. Au niveau européen, la plus importante est allemande, il s’agit du Chiemgaueur, dont 500.000 unités seraient actuellement en circulation en Bavière, pour environ 3.000 utilisateurs. Cette monnaie suit le même principe de don que l’eusko, et aurait ainsi permis de reverser 50.000 euros en un an. Ce concept de don est autofinancé grâce à la commission (de 5% de la somme convertie) perçue par l’association lorsque les entreprises échangent leurs euskos en euros. On considère alors que chaque unité mis en circulation redeviendra euro tôt ou tard et le système nécessite donc juste une avance de trésorerie, permise par un fonds de garantie (la société de capital risque pour le développement économique en Pays Basque Herrikoa dans le cas de l’eusko) qui se porte garant du système. A Toulouse, c’est la mairie qui a mis la somme nécessaire à ce fonds de garantie sur un compte.

Défendre des valeurs globales, avec un outil: la monnaie

A Roman, la monnaie locale s’appelle la Mesure. Au départ, ce qui a motivé la cration de cette monnaie est la volonté de dynamiser le tissu économique local et donc de favoriser l’emploi régional. A Salon-de-Provence, un projet de monnaie solidaire, la Nostra, est en cours mais n’a pour l’instant pas vu le jour. « Cela reste parfois difficile de motiver les consommateurs à utiliser ce type de monnaie » confie Olivier Dumas, l’un des anciens porteurs du projet. « L’intérêt n’est pas forcément pécuniaire mais réside plutôt dans la promotion de valeurs différentes, d’éthique, et ces objectifs ne peuvent être atteints qu’à moyen voire long terme » poursuit-il.

Réussir à fédérer

Mais la création d’une monnaie locale ne coule pas de source. L’un des écueils possible lorsqu’on monte un projet de monnaie locale, c’est de « s’adresser uniquement à des personnes déjà sensibilisées aux valeurs défendues par les monnaies locales. La difficulté, c’est de fédérer » résume Olivier Dumas, qui a aujourd’hui passé le flambeau à d’autres personnes pour porter le projet. « Cela prend du temps d’expliquer comment fonctionne cette monnaie et surtout pourquoi on la met en place » confirme Andrea Caro. Elle espère réussir à « responsabiliser l’action collective pour aller vers une économie davantage au service de l’humain ».

Le Conseil régional de PACA étudie le concept

Malgré ces obstacles, les initiatives s’avèrent nombreuses: l’Occitan à Pézenas, l’allumette à Aix-en-Provence, le Nanto à Nantes, ou l’Héol qui circule à Brest. Et nombreuses sont les collectivités qui s’intéressentau concept de monnaie complémentaire. « Une quarantaine de collectivités sont déjà venues à Toulouse pour découvrir le fonctionnement du Sol Violette y compris de Madagascar » témoigne Andrea Caro. Le conseil régional de la Provence-Alpes-Côte-d’Azur (PACA) réfléchit au lancement d’une monnaie complémentaire à l’échelle régionale, mais pour l’heure, tous les contours du projet ne semblent pas encore précisément définis.

Ailleurs, les monnaies locales poursuivent leur développement. L’eusko pourrait être décliné en monnaie électronique dans quelques temps, et une nouvelle monnaie solidaire française pourrait voir le jour en 2014, à Narbonne.

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